Hier, à deux heures du matin, nous avions déjà raté l’entretien, perdu nos moyens et déçu tout le monde … sans avoir quitté notre lit.
Il faut reconnaître à l’angoisse un certain sens de la créativité.
Nous avions imaginé la question qui nous laisserait sans voix, le regard qui nous ferait nous sentir de trop, le silence qui tomberait comme un verdict : je ne suis pas à la hauteur.
Puis aujourd’hui est arrivé.
Il a fallu franchir la porte, soutenir un regard, prendre la parole. Avec le cœur qui cognait et cette envie de disparaître avant même d’avoir essayé.
Peut-être que tout ne s’est pas bien passé. Peut-être que notre voix a tremblé, qu’une phrase nous a échappé, qu’un refus nous a blessés.
Mais nous avons aussi improvisé, posé une question, trouvé les mots qui nous manquaient et repris le fil après avoir perdu nos moyens.
Là où notre peur nous voyait paralysés, nous avons fait quelque chose que nos scénarios de la veille ne prévoyaient pas : nous avons réagi.
Voilà ce que la peur oublie dans ses prédictions.
Elle nous imagine face au pire, privés de nos ressources, de nos idées, de nos appuis.
Comme si, au premier imprévu, nous allions oublier de ce que nous avons déjà su surmonter.
Pourtant, regardez votre propre histoire.
Cet appel que vous repoussiez.
Cette séparation que vous pensiez insurmontable.
Cette première fois où vous vous sentiez parfaitement illégitime.
Vous n’avez peut être pas tout traversé avec assurance. Mais vous êtes ici.
Avec des preuves que vous avez su faire face, même quand vous ne saviez pas encore comment.
La peur parle fort. Mais votre expérience mérite aussi d’être entendue.
Demain vous inquiète encore ? Bien sûr.
Mais avant de croire tout ce que votre peur vous raconte, demandez-lui ce qu’elle avait prédit pour aujourd’hui.